Tout ce qu’on ne nous dit pas sur la maternité

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« Tu verras, c’est que du bonheur. » Voilà ce qu’on entend à l’unisson quand attend un enfant. Et c’est là que commence le grand mensonge… Entre mythe de l’instinct maternel et petits tracas qu’on préfère taire, les femmes découvrent souvent que la maternité, contrairement à ce qu’on leur a raconté, n’est pas que paix et amour… 

« Voir ses enfants exactement comme ils sont, à savoir d’insupportables casse-pieds tire-au-flanc, ne veut pas dire moins les aimer que les parents qui parviennent à se convaincre d’abriter sous leur toit des anges tombés du ciel » C’est en ces termes que Francesca Del Rosso, journaliste italienne auteure de l’hilarant « Diablotin, tintamarre, mère à bout ! », introduit les conseils qu’elle aurait bien aimé recevoir avant d’avoir un enfant.

La mère parfaite, cette plaie

Elle a réponse à tout et a le chic pour rester évasive. Des étoiles dans les yeux, elle vous dit que sa grossesse a été la période la plus magique de son existence, et a même le culot de vous dire que son accouchement était un moment de plaisir. Sa force de persuasion est telle que vous finissez par y croire : vous aussi, vous serez une de ces mamans idéales qui vivent pendant neuf mois un moment de grâce sans égal et qui s’extasient devant chaque petite prouesse de leur chérubin – « Un rot ! Le plus magnifique des rots ! ». Car il faut bien l’admettre, ça nous arrange bien de croire à pareils contes de fées.  La réalité est toute autre, et il vaut mieux y être préparée.

Motherfucker !

Florence Foresti n’a pas lésiné quand elle a décidé de s’attaquer à ces mères parfaites. « Je vous parlerai bien de mon accouchement, mais on n’a pas le droit d’en parler, en fait… » La clause de confidentialité, voilà ce qui explique le discours de ces mères incapables de vous parler de la péridurale, mais qui s’extasient des heures sur la magie du peau-à-peau !  Ce sketch, désormais culte, a contribué à déculpabiliser plus d’une femme. Laurence, mère de trois enfants, fait partie de celles pour lesquelles ce spectacle a été un exutoire : « C’était tellement éloquent ! J’entends à tour de bras qu’être enceinte est un épanouissement total, que l’accouchement c’est merveilleux… Jamais aucune de mes connaissances ne m’a parlé des tracas qui font la maternité. », raconte-t-elle. « On a toutes croisé des mères hyper épanouies qui en font des tonnes. A chaque fois que j’en croise une, j’aime à l’imaginer rentrer chez elle, fermer la porte et se mettre à hurler sur ses mouflets dans un décor en vrac. »

Diablotin, tintamarre… Mère à bout

C’est dans cet esprit joyeusement décomplexé que Francesca Del Rosso nous livre dans un ouvrage sans langue de bois, son expérience. De la grossesse à l’allaitement en passant par les joies de la crèche, toutes les premières fois vécues par une mère sont décryptées au peigne fin… les étoiles dans les yeux en moins. Au fil des pages, on entre dans l’intimité de cette maman, et si les bébés en prennent pour leur grade, ça fait à tous les coups rire les mères. « Les bébés sont tous beaux », commence-t-elle le chapitre qui désacralise à coup de sincérité aiguisée comme une lame de couteau, les premiers jours de vie de l’enfant. « Mais bien sûr ! Ils sont tous moches, y compris ma hyène. Quand je disais : ‘Elle ressemble à Dumbo, non ? Elle a le visage tout écrasé et j’ai l’impression qu’elle louche un peu’, toutes les commères du quartier désapprouvaient en cœur : ‘Mais qu’est ce que tu racontes ? Regardes comme elle est belle !’ (…) Et pendant que toute la compagnie me serinait qu’elle était sublime et que moi j’étais une mère dégénérée, je lui promettais intérieurement de lui faire recoller les oreilles dès que possible. »

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La grand-mère s’en mêle…

Entretien avec l’auteure de cet ouvrage hilarant, à mettre entre les mains de toutes les mères et futures mères.


Côté Mômes : Qu’est-ce qui vous a poussé à raconter votre expérience ?

Francesca Del Ross : J’attendais mon deuxième enfant, le petit Attila, et passais le dernier mois de ma grossesse à la maison. Quand Angelica (l’aînée joliment nommée « la hyène » dans le livre, ndlr) était à la maternelle, je profitais de quelques moments de paix pour repenser à sa première année de vie. Je croisais les doigts et les orteils pour que son petit frère ne soit pas aussi casse-bonbons qu’elle ! En repensant à toutes les anecdotes qui remplissaient ma mémoire je me suis dit qu’il fallait que je les couche sur le papier. Ca été une manière de me rappeler combien ça été dur, et de dire à mes proches des choses que je n’avais jamais énoncées. Je savais que ce n’était pas politiquement correct, mais la vraie vie ne l’est jamais !


C.M. : D’après vous, les femmes sont mal informées sur la maternité ?

F.D.R : Même si les choses sont en train de changer, je pense que les femmes ne sont pas mal informées mais pas informées du tout. C’est plus facile de ne pas approfondir cette question et de croire que la maternité n’est que paix et félicité, plutôt que d’admettre que c’est un grand sacrifice. C’est un très beau choix, mais il n’épargne aucun niveau de notre vie : du travail à la relation de couple, de la vie sociale au rapport au corps. Il faudrait bien sûr dire aux femmes que c’est un bouleversement difficile à accepter, mais qu’au bout du compte, on y gagne. Pour preuve, je n’ai jamais rencontré une mère qui annulerait tout si elle le pouvait.


C.M. : Selon vous, les mères parfaites, celles qui ne racontent que le côté magique de leur transformation en mère, sont des menteuses ?

F.D.R. : C’est une question difficile. Je crois qu’une bonne partie de ces mères là sont intimement persuadées d’être parfaites, et que donc, leurs enfants le sont aussi. En réalité, ce sont forcément des pestes incontrôlables ! D’autres sont des mères parfaites aux yeux des autres, mais vivent un grand conflit intérieur qu’elles gardent pour elles. Elles n’arrivent pas à être à la hauteur des attentes qu’elles se fixent, alors, au moins pour les autres, elles cherchent à ressembler à des mères idéales. D’un côté, je les comprends : Certaines fois, c’est plus facile de faire semblant que d’affronter ses propres limites. Je crois que c’est humain, même si je n’approuve pas. Je reste loin de ces mères là !


C.M : Le mythe de l’instinct maternel participe-t-il à la frustration des mères ?

F.D.R. : Bien sûr. Surtout quand on vit entourée de femmes qui passent leur temps à raconter des maternités merveilleuses, des enfants incroyables qui dorment, mangent et sourient toute la journée. On se rend compte qu’on sort du lot, résultat : on garde tout pour soi ou on explose !


C.M. : Croyez-vous à l’instinct maternel ?

F.D.R. : Question à cent millions d’euros ! Je pense qu’il existe, du moins selon ce que certaines femmes racontent. En tous cas, l’instinct maternel n’est pas venu frapper à ma porte en disant « Francesca, hop hop hop, c’est le moment ! » J’ai choisi d’avoir des enfants rationnellement et avec amour, et je n’ai compris que bien plus tard le lien indissoluble et magique qui s’était créé. Pour moi s’il y a un instinct, il se construit avec le temps et grandit jour après jour.


C.M. : Les pères se mettent-ils la même pression ?

F.D.R. : Selon moi, ils ont autant la trouille que les mères. Mais les hommes sont en général plus rationnels que nous, donc leurs peurs sont plus pratiques : « Comment je dois le tenir dans mes bras ? Et si il tombe ? Combien de fois par jour je dois changer sa couche ? Je vais m’en sortir ? » Ils sont aussi plus chanceux que nous : ils retournent travailler presque immédiatement, et pendant huit heures par jour, ils n’entendent pas le nouveau-né pleurer. Ils peuvent donc recharger leurs batteries…


C.M. : Vous donnez beaucoup d’importance à l’opinion des grand-mères. Pourquoi selon vous sont-elles plus sereines et bienveillantes que les jeunes mères ?

F.D.R. : Les grand-mères ont un rôle très important si on a la chance de les avoir à nos côtés. Même si on ne veut pas toujours l’admettre, elles ont été mères avant nous et peuvent donc nous donner de sages conseils. Je pense qu’il faut les écouter avec attention, tout en gardant un regard critique : il faut toujours faire ses choix en toute autonomie ! Il ne faut pas oublier qu’elles ont vécu une autre époque et qu’elles ont fait des erreurs, comme on en fera avec nos enfants. Il vaut donc mieux se tromper à deux, mais avec notre partenaire !


C.M. : Vous utilisez des mots durs (et parfois très drôles !) pour qualifier votre fille. Comment parvenez-vous à exprimer votre « amour vache » sans culpabilité ?

F.D.R. : Dans les premiers temps de la vie de ma fille, j’ai ressenti une très forte frustration, puis j’ai compris que c’était normal ! Il faut s’accepter, définir ses propres limites et chercher à s’améliorer, mais sans culpabiliser. Alors me voilà, avec mes petits et mes gros défauts, face à deux petits diables en chair et en os. Parler d’Angelica avec des mots durs est thérapeutique. C’est pour moi un moyen drôle et ironique de lui faire comprendre que sa mère n’est pas Wonder Woman, mais qu’elle les aime quand même ! L’amour que j’ai pour eux n’a jamais été remis en question, même quand je voudrais les faire disparaitre de ma vue…


C.M. : Comment pensez-vous qu’elle réagira en lisant ce livre ?

F.D.R. : Je dois bien admettre que je m’inquiète un peu. Avant que le livre ne soit publié, j’ai écrit une lettre à ma fille dans laquelle j’ai expliqué que je ne ressentais que de l’amour pour elle et que tout ce que j’ai écrit n’est que pure fantaisie ! Comme j’adore écrire, je tiens un journal pour chacun de mes enfants. Chaque fois qu’il se passe quelque chose, que je m’amuse d’une phrase, d’un événement, je le note. Quand ils auront dix-huit ans, ils recevront ces journaux et comprendront tout l’amour que j’ai pour eux et tout ce qu’on a pu traverser ensemble. Maintenant, je m’inquiète aussi pour Attila : est-ce qu’il sera jaloux de ne pas être le héro d’un livre, comme sa sœur ? En tous cas, je m’attends déjà à trouver un jour un livre signé par la hyène : « Ma mère est un monstre » !


C.M. : Croyez-vous qu’il soit néfaste pour une mère de se convaincre à tout prix que son enfant est un ange tombé du ciel ?

F.D.R. : Peut-être qu’au début c’est acceptable de s’endormir un peu dans ses rêves de famille parfaite. Ensuite, je crois qu’il faut quand même ouvrir les yeux ! Si certaines mères ont la chance d’avoir un enfant angélique (j’en doute !), pour les autres il est bon de demander de l’aide et d’exprimer ses émotions pour ne pas se laisser dépasser. Le silence et la solitude sont les pires ennemis des mères. A l’extérieur, il y a une armée de mères à qui se confier !


C.M. : Comment ne surtout pas être une mère parfaite ?

F.D.R. : Facile : il suffit de se regarder dans un miroir !

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