Les échos non médicales sont-elles risquées ?

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Selon certains, l’exposition prolongée du fœtus (en particulier son cerveau, ses yeux et ses organes génitaux) à des doses d’ultrasons provoquerait une hausse de la température et des vibrations importantes du fœtus. D’autre part, ni diplôme ni formation ne sont requises pour le manipulateur. Des conditions de sécurité insuffisantes ?

Un contexte défavorable

L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a rendu le 25 mai 2005 un avis défavorable à l’échographie non médicale, encore dite échographie « souvenir », « spectacle » ou « affective ». L’Académie nationale de médecine avait déjà rendu un avis semblable en octobre 2004. En 2005, la Food and Drug Administration (autorités sanitaires américaines) a également émis une mise en garde contre ce type de pratiques. Qu’en est-il aujourd’hui ? Pour en savoir plus, nous avons interrogé les docteurs Roger Bessis, vice-président du Collège français d’échographie fœtale (CFEF), et Jean Thévenot, gynécologue-obstétricien à l’hôpital de Toulouse. Et leurs avis divergent…

 

Roger Bessis : Je remarque qu’en ce moment on s’alarme des ondes dégagées par les téléphones portables… Tout ça pour dire que dès qu’on utilise des agents physiques (comme les ultrasons), il y a des effets. En conséquence, la médecine se doit de mesurer le rapport bénéfice/risque avant d’affirmer l’innocuité d’un produit ou d’une pratique. Ici, le constat est rapide : les échographies souvenirs en 3D exposent un fœtus à des ultrasons sans lui apporter de bénéfice médical, donc nous ne pouvons les approuver. En plus, ce type d’échographie « chosifie » l’enfant, ce qui n’est pas bon pour sa construction psychologique. Enfin, les personnes qui pratiquent ce type d’échos peuvent tomber involontairement sur quelque chose d’anormal et ils ne seront pas armés pour réagir. C’est déjà compliqué pour des médecins qui sont souvent confrontés à des problèmes ! Pour toutes ces raisons, le Comité national technique demande carrément un arrêté d’interdiction. Mais vous pouvez être sûrs qu’il ne sortira pas avant dix ans, à la vitesse de l’administration française !

Jean Thévenot : La prise de position du CFEF n’est pas basée sur des considérations scientifiques. Ils supposent que les échographies non médicales sont dangereuses car fixer trop longtemps des organes sous le faisceau des ultrasons crée de l’hypothermie. Mais cela n’a jamais été démontré. Or on ne fait jamais rien si on suppose que tout ce qu’on fait est potentiellement risqué ! En fait, le problème est plus éthique que scientifique : ce qui les gène vraiment, c’est le détournement d’un instrument médical au profit du commerce. Mais pour moi, le désir des parents d’avoir de belles photos est normal. Et je préfère dix fois que toute la famille se retrouve dans ce genre de centres plutôt que de bouger et de faire des commentaires dans le cabinet de l’échographiste qui doit se concentrer pour son analyse technique et le dépistage des anomalies ! D’autre part, je dirais à ceux qui jugent ces images très mauvaises pour le psychisme des parents en cas de décès de l’enfant, que ce n’est pas la multiplication des images qui induit les problèmes psychologiques, mais c’est l’absence de traces qui est un facteur d’aggravation du deuil. Non, pour moi, le seul problème ici, c’est quand le  « photographe » détecte quelque chose d’anormal : doit-il en parler ? Que faire ? La question de sa responsabilité reste floue. Enfin, il faudrait surtout recentrer le débat : le problème ce n’est pas les échographies souvenirs, mais bien les conséquences médicales et éthiques de la médecine prénatale. Le danger pour le foetus ne vient pas des ultrasons artistiques mais du risque d’un eugénisme échographique prénatal médicalisé !

Le point de vue de la Fédération européenne d’EchoVidéo

 La FEEV explique sur son site que des appareils expérimentaux de laboratoire avec des puissances très importantes sont nécessaires pour provoquer des effets biophysiques. « Bien que les appareils utilisés dans le cadre de l’EchoVidéo (aux normes CE) n’aient provoqué aucune complication à ce jour (plus de 10 ans de recul en utilisation non-médicale et plus de35 en utilisation médicale), la FEEV a décidé de limiter les modes de puissance et la durée d’utilisation des ultrasons à un maximum de 20 minutes, à titre de précaution. Si le corps médical rejette la pratique de l’écho non médicale, ce n’est pas pour des raisons sanitaire, mais parce qu’il redoute les implications médico-légales de l’EchoVidéo. Cette peur est fondée sur l’arrêté « Perruche » (Cour de Cassation Française, 17 nov. 2000) qui a mis en évidence les limites de l‘échographie médicale. Aux termes de cet arrêté, un médecin pouvait être rendu responsable de laisser naître un enfant handicapé. Pour ces mêmes raisons médico-légales, il est maintenant impossible de filmer une échographie médicale ou un accouchement, et presque impossible d’avoir une photo sur papier thermique d’une échographie. La bande vidéo, le DVD, ou la photo, pourrait servir de preuve lors d’un procès pour faute contre un médecin, une clinique ou un hôpital. Avant l’arrêté « Perruche », les spécialistes autorisés affirmaient que les ultrasons sont absolument sans danger (cf. brochure de la Société Française de Radio-Protection, p. 16 et 17, octobre 2000). Après l’arrêté « Perruche », ils sont devenus déconseillés en France, rejoignant à ce titre les Etats-Unis où les procès contre les médecins sont devenus un sport national… Le danger n’est donc pas pour les femmes enceintes ou leur bébé, mais bien pour certains médecins, si nos images d’EchoVidéo avaient eu une possibilité d’interprétation médicale dans le cadre d’un procès. Mais il est impossible de réaliser des mesures biométriques sur la base de nos images 3D, nos EchoVidéos ne peuvent donc servir de preuve dans le cadre d’un procès.

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